Vous avez lu "La Princesse de Clèves" ?

Mis à jour : 13 avr. 2019

La Princesse de Clèves… « Vous allez parler de La princesse de Clèves ? Sur un blog en 2019? » Réaction prévisible… Réponse possible : question d’actualité ! Les éditions Dargaud viennent juste de publier un album (https://www.dargaud.com/bd/Princesse-de-Cleves).


Symboles d’une culture dépassée, vestiges d’une littérature complètement désuète ? Les « classiques » sont parfois rangés sur des étagères poussiéreuses (c’est un cliché !) On les regarde de loin, on reconnaît qu’il y a des chefs d’œuvre… Peut-être même qu’on en a feuilletés certains, sous la contrainte d’un professeur qu’un ancien président qualifierait de « sadique ou imbécile ».

Ce fut pourtant un best-seller (n’ayons pas peur des mots, bien qu’en 1678, le nombre de personnes ayant accès au livre soit très réduit), mais c’était il y a…341 ans… Oui, indéniable. Très, très ancien. Comment expliquer d’abord que ce roman ait eu autant de succès à son époque ? Peut-on ensuite simplement taxer de passéisme les universitaires qui continuent à se pencher sur ce texte (au risque par ailleurs de le lire parfois en oubliant son contexte) et le ministère qui l’inscrit au programme du prestigieux concours de l’ENS en 2005 ?

Pourquoi autant de réalisateurs se sont-ils attelés à son adaptation ? Et non des moindres, de Jean Delannoy en 1961 à Christophe Honoré en 2008 (La Belle Personne), en passant par Manoel de Oliveira en 1999 (La Lettre). Et quelle idée folle est passée par la tête du directeur des éditions Dargaud d’en faire une BD en 2019 ?

Un signe, non ?



Le roman fut de la littérature « contemporaine », évidemment et à ce titre il s’inscrit dans une époque, certes complètement révolue, encore que…, il évoque la place de la femme dans cette société : - et en particulier de celle qui écrit des romans - . Il a une valeur historique. La mise en perspective qui invite à se replacer dans le cours de l’Histoire (qu’elle soit politique, littéraire, artistique) est fort utile pour (se) comprendre en 2019. Le fait de se transporter hors de l’actualité spatio-temporelle permet de réfléchir autrement, apporte un éclairage différent, loin des polémiques.


La Princesse de Clèves est un roman de femme(s). Dans un monde dominé par les hommes. Osons le mot : féminisme ? Sans faire d'anachronisme. Ce qui est extraordinaire, c’est que Madame de Lafayette ait trouvé sa place.

Le XVIIe est le siècle des moralistes. On étudie l’homme dans la société, on passe au crible les morales mondaines. La Bruyère publie Les Caractères. On sait que Madame de Lafayette participait aux débats (elle a même écrit certaines maximes de La Rochefoucauld). Certes la conception de « l’honnête homme » du XVIIe nous est étrangère. Mais prendre le temps d’un divertissement au double sens du terme (se détourner un instant de notre époque et s’offrir le plaisir d’une lecture), est-ce sans intérêt ?


Aujourd’hui exclut-il hier ? Un "classique" ? Se dit généralement d’un auteur à qui l’excellence ou le temps ont donné autorité, qui est devenu une référence.


Pour en revenir au roman, de quoi est-il donc question ? Une histoire de passion amoureuse... C'est tout ? Oui. C'est justement là que réside l'intérêt : un thème intemporel incarné à une époque donnée. S'y retrouver et s'y perdre.





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